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Photodidacte.com | Photo de paysage : petit guide pour (sérieusement) se lancer.
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Photo de paysage : petit guide pour (sérieusement) se lancer.

Lorsqu’il s’agit de photographie de paysage, vous trouverez facilement pléthore de guides : comment régler l’appareil, comment gérer un contre-jour, comment faire du paysage de nuit, comment valoriser son traitement, etc., mais est-ce suffisant pour obtenir une bonne photo ? Et bien cela dépendra beaucoup de votre exigence… donc pas toujours. Ok c’est une réponse mi-Suisse mi-Normande. Alors disons-le franchement: NON. Et comme beaucoup vous vous demandez sûrement pourquoi vos photos ne ressemblent pas à ça :

 

Photographe: Ted Gore (www.tedgorecreative.com)

 

Photographe: Enrico Fossati (www.enricofossati.it)

 

 

Bien entendu ces photos impliquent une composition soignée, une bonne maîtrise technique, et un traitement aux petits oignons. Bref c’est un tout né de l’imagination, de l’expérience, voire du courage du photographe. Mais cela ne s’arrête pas là. Comme expliqué dans cette petite vidéo de Thomas Heaton, le paysage c’est surtout un art de vivre, un investissement personnel: (en anglais, mais la traduction automatique des sous-titres permet de comprendre, sinon il vous reste les images…)

 

 

Faire du paysage est réservé aux photographes aguerris et passio… … … non en fait pratiquement tous les photographes en font, avec vous et moi ça fait juste 2 gouttes en plus dans un océan de banalités. C’est l’une des pratiques les plus courantes et n’importe quel touriste en mal de souvenir fait de la photo de paysage. Il vous faudra bien plus qu’un appareil plus gros et plus cher que les autres, ou même qu’une compréhension des règles d’exposition et de composition pour vous démarquer. Et si un beau coucher de soleil depuis la colline du coin ravira toujours votre grand-mère ou votre cousin, il faudra aller plus loin pour vraiment épater la galerie et sortir de votre fan-club intime. Est-ce une fin en soit ? Certainement pas. Mais si ça le devient, il va falloir bosser !

 

Enfin voilà vous avez décidé de passer à l’étape supérieure, donner un peu plus de vous-même, vivre votre passion, ou je ne sais quoi de plus lyrique encore (les coquelicots, les hôtels à 1 million d’étoiles, les levers de soleil sur l’océan turquoise, tout ça tout ça quoi). Il ne suffira pas de vous satisfaire d’un minimum de technique et de maîtrise du traitement, et je vais vous présenter ici quelques pistes pour vous préparer à ce type de projet photo. Car oui, il faut beaucoup de patience, de persévérance, et une très bonne préparation. Même si la photographie de paysage peut aussi laisser place à l’improvisation, l’anticipation reste essentielle. Bref, j’espère qu’a la fin de cet article vous aurez compris ce qui fera de vous un photographe de paysages épanoui : l’investissement personnel.

 

 

Une photo peu originale qui n’a pas demandé de préparation particulière, si ce n’est surveiller la météo et la visibilité du ciel. C’est en revanche un très bon exercice technique.

1- Premièrement, quel type de photo je veux ?

 

À moins de vous appeler Bertrand Kulik, vous devrez de toute manière sortir de chez vous, réfléchir au type de photo que vous souhaitez produire, aux lieux que vous aimeriez explorer. À ce titre Google Earth est d’une grande aide, tant avec les vues satellites que les vues topographiques. Vous pouvez aussi utiliser les photos des autres ! Google Earth tout comme la recherche par image (bref, Google tout court) regorgent de photos de zones précises, même les plus isolés. C’est un excellent moyen de repérer des lieux, les explorer virtuellement, bref préparer mentalement votre projet photo, voire trouver de l’inspiration. Et oui l’inspiration aussi ça se travaille ! Il m’arrive d’y passer des heures pour parfois trouver de petits bijoux de la nature pas toujours connus du grand public ! Pensez aussi à créer une carte personnalisée pour repérer certains spots. Il existe des tas de solutions pour cela, l’une des plus accessibles étant Google Maps, tout simplement.

 

Lorsque vous préparez votre « idée » de photo, il n’est pas forcément nécessaire de viser trop haut juste « pour faire genre », si vous êtes là pour la frime, c’est mal parti. Ne vous contentez pas non plus de quelque chose de trop bas sans jamais sortir de votre zone de confort. Visez juste ! Visez un projet qui vous ressemble, qui vous tient à cœur, visez quelque chose de réalisable, sans pour autant vous vautrer dans la facilité. Bref soyez réaliste, faites ce que vous aimez faire, faites ce que vous pouvez faire, mais « Just do it » comme dirait l’autre.

 

 

2- Est-ce que cette photo a vraiment un intérêt ?

 

Une bonne question à se poser. La réponse dépend de vous. Beaucoup de photos sont belles mais vues, revues, et re-revues. Mais est-ce une raison pour ne pas s’y intéresser ? Recherchez-vous un simple exercice de style ou une photo originale ? Inspirez-vous des autres photographes, repérez le type de cadrage trop classique que vous souhaitez éviter, ou au contraire celui à reproduire. Il n’y a pas de bonne réponse et il n’y a pas de mal à revenir avec la même photo faite tous les jours du mont Saint-Michel. Refaire des shoots connus est aussi une façon de s’exercer. Vous n’êtes pas Ansel Adams et vous ne pourrez pas vous démarquer à chaque fois. Commencez sereinement, assumez vos choix, vos échecs, et plus vous avancerez, plus vous serez à même de vous faufiler vers le chemin qui vous correspond et assumer votre travail. Tout est prétexte à exercice et recherche, c’est vous qui savez ce qui vous plaît. Mais n’attendez pas l’inspiration du jour au lendemain: pratiquez, soyez créatif si vous le pouvez, et avant tout faites-vous plaisir.

 

 

googlearth

(Cliquez pour agrandir) – Ici, Google Earth met en évidence la topographique exceptionnelle du Creux-du-van, cirque naturel dans le Jura suisse. La concentration de photos sur ses bords témoigne de l’attractivité du lieu. Elles sont également un outil précieux pour visualiser les nombreux angles possibles et préparer au mieux son projet photo avant d’aller sur le terrain.

3- Repérer les lieux, un principe délicat mais salutaire.

 

Il peut être compliqué de repérer les lieux auparavant, notamment lorsqu’il s’agit de lieux éloignés (en particulier en voyage) ou difficiles d’accès (haute montagne par exemple). C’est pourtant essentiel ! Beaucoup de photographes de paysages explorent leurs lieux plusieurs fois avant de trouver le point de vue idéal, les conditions parfaites. Ils prennent le temps de s’imprégner de l’atmosphère, mais aussi de repérer les zones propices au bivouaque (si besoin), celles pour s’abriter etc. Cela permet aussi de statuer de la faisabilité réelle d’un projet, ou de découvrir de nouvelles possibilités inattendues. Si vous en avez l’opportunité, je vous invite à essayer de repérer un minimum les lieux par vous-même, quitte à le faire en pleine journée ou à y rester plusieurs jours. Ce n’est pas toujours indispensable, et surtout pas toujours faisable, mais ça en vaut la peine. N’hésitez pas à encore utiliser Google Earth, des cartes topographiques, et des photos déjà existantes pour visualiser au maximum le lieu et préparer vos déplacements. Internet est une vraie mine d’or ! Les outils à disposition peuvent donner une idée précise d’un lieu sans y mettre les pieds, et éventuellement vous mettre sur la piste de quelques idées plus originales.

 

Bien que le lieu soit connu et très facile d’accès, plusieurs repérages m’ont été nécessaires pour évaluer les différents plans, les possibilités qu’offrait le climat local dans la composition, et les exigences techniques. Pour une photo finalement faisable seulement quelques jours dans l’année et nécessitant un travail très complexe à la prise de vue et au traitement. Au final, une préparation longue et minutieuse et plusieurs essais pour l’une des photos les plus difficiles qu’il m’a été donné de faire.

 

 

Décider de partir en Ecosse l’hiver plutôt que l’été: un choix conséquent et justifiable. En revanche, si vous comptiez composer avec une belle végétation verte et dodue, c’est raté !

4- Bien préparer sa sortie (logistique) :

 

Je ne vais pas m’attarder sur les saisons, mais il est évident que les caractéristiques saisonnières et le microclimat d’un lieu sont des critères essentiels pour planifier un voyage ou un projet photo. Vous trouverez notamment un exemple du Salar d’Uyuni à la fin de cet article. Avec le temps et l’expérience, les photographes savent s’entourer de nombreux outils afin de calculer et préparer leurs sorties. Il se trouve que le critère numéro un reste… la météo ! Préférez-vous des nuages ? Des orages ? Du beau temps ? De la brume ? Ça, c’est à vous de voir, mais il vous faudra anticiper le climat au maximum. Je recommande chaudement le site meteoblue, précis mais surtout très complet. Allez découvrir ses différents diagrammes, la topographie des nuages, la visibilité, les nombreux modèles de prévision ou encore l’excellent outil de prévision du ciel pour l’astrophoto avec divers indicateurs de visibilité. Si vous êtes portés sur la photo de nuit, ne manquez pas la carte d’Europe de la pollution lumineuse disponible sur le site de l’AVEX. Pensez à varier vos sources. Les prévisions météo ne sont pas toujours précises, mais multiplier les sources d’information peut au moins vous donner une idée de la variabilité et de la fiabilité des prévisions. Pensez également à bien observer l’environnement, en particulier dans les zones changeantes (comme en montagne). L’expérience acquise par l’observation de votre environnement est précieuses et complète efficacement les prévisions météorologiques.

 

Vous serez aussi probablement intéressé par les cycles du soleil, de la lune, ou encore les positions célestes pour les astropaysagistes. Ce sont des éléments déterminants dans le choix de vos sorties, tant pour la date que le lieu. Voici quelques applications recommandées (la liste est loin d’être exhaustive) :

 

TPE: une application très complète pour calculer l’emplacement exact du soleil ou de la lune, leurs angles, anticiper les levers et couchers. Très utile en version payante.

PlanIt!: là aussi un must have très complet dans la lignée de TPE, avec des informations un peu différentes et un mode simulation très puissant. Peut-être la meilleure application pour paysagiste et astropaysagiste.

→ Sun Surveyor Lite: logiciel connu et précis pour simuler la position du soleil.

Trajectoiresdelalune: une application similaire mais cette fois dédiée aux déplacements de la lune.

→ Diverses applications pour le ciel nocturne comme stellariumskyview, starwalk, startracker ou encore skymap. Absolument indispensable pour les photos de voie lactée ou la recherche d’objets célestes particuliers.

→ Light pollution: permet de visualiser la pollution lumineuse sur une carte.

 

Note: je n’ai testé ces applications que sous Android.

 

Puisque nous parlons applications, n’oubliez pas celles permettant par exemple le calcul de l’hyperfocale (hyperfocale pro), ou encore le contrôle de votre appareil photo à distance (qDslr étant bien connu pour le timelapse). En tant que photographe de paysages, vous aurez l’opportunité d’exploiter la multitude d’applications photo disponibles sur smartphone ou tablette.

 

Une dernière chose à retenir: vous serez TOUJOURS en retard. Sous-estimer le temps de préparation ou d’exploration nécessaire est un défaut courant. Nous décidons d’un moment précis pour faire LA photo, puis nous arrivons trop tard pour une préparation correcte. Cela n’arrive pas qu’aux autres, c’est très répandu: que celui qui n’a jamais loupé un coucher de soleil, ou un instant magique pour être partit en retard ou avoir traîné en route me jette la pierre ! Que celui qui n’a jamais manqué une photo extra pour ne pas avoir pris le temps de bien tester son setup et ses réglages me jette son boitier ! Alors partez tôt, et prenez le temps qu’il faut.

 

Cette photo des Alpes suisses est un exemple de choix déterminant pour la météo, la position de la lune (qui ici se couche et apporte certaines couleurs), et une recherche approfondie sur la topographie locale puisque aucun repérage n’a pu être fait auparavant. L’apparition de quelques planètes de notre système solaire, basses sur l’horizon à cette période, permet de pimenter le ciel avec des points sensiblement plus lumineux à travers les nuages. Enfin l’instabilité du climat de haute montagne apporte une grosse part de chance. Si j’étais arrivé quelques minutes trop tard, j’aurais complètement perdu ce ciel coloré et joueur rendu possible par cette combinaison aussi précise qu’éphémère. 20 minutes plus tard, les nuages avaient bouché l’essentiel de la vue et les planètes de droites étaient sous l’horizon, puis le ciel devenait noir.

 

 

5- Bien préparer sa sortie (matériel) :

 

Ça y est, vous avez repéré le lieu et le moment, il est temps d’y aller ! Qu’elle soit de quelques heures ou de quelques jours il vaut mieux bien organiser sa sortie. Préparez soigneusement votre équipement photo et personnel, nourriture, eau, vêtements et nécessaire de couchage si vous passez la nuit sur place. En partant pour de longues randonnées, n’oubliez pas le nécessaire de secours et ne négligez pas la sécurité: des photographes meurent chaque année en photographiant, je suis très sérieux. Nous avons également tous tendance à trop nous charger, ce qui est une erreur. Pour les chanceux (ou les fainéants) un véhicule est beaucoup plus simple, mais si vous prévoyez de marcher et bivouaquer vous finirez rapidement par détester chaque kilo inutile transporté avec vous. Vous ne pourrez le reprocher qu’à vous-même, et en montagne les marmottes ne prennent pas les doléances. Pour les déplacements en bus ou en train, vérifiez bien les horaires, qui peuvent aussi varier le dimanche ou selon les saisons, en particulier si vous vous rendez dans des zones peu desservies. J’en ai déjà fait l’expérience: marcher 4 ou 5 heures, sans préparation, avec presque 25Kg de matériel, au lever du jour après une nuit blanche, pour me sortir d’une vallée d’altitude isolée sans réseau téléphone… tout ça parce que je m’étais trompé de jour pour les horaires de bus. Croyez-moi c’est une erreur qu’on ne fait pas deux fois !

 

Je pars pour un timelapse avec la voie lactée, vous pensez que ça va le faire ?

Je pars pour un timelapse avec la voie lactée, pensez-vous que ça va le faire ?

On ne le répète peut-être pas assez, faire de la photographie de paysage n’implique pas forcément du matériel photographique coûteux, mais plutôt du matériel adapté. Et pour commencer le matériel le plus adapté… c’est celui que vous avez avec vous ! Qu’importe le boitier ou l’objectif, il y aura toujours quelque chose à faire avec. De la même manière, les guerres entre marques n’ont rien à voir avec la photographie: c’est du marketing et de l’ego. 14mm, 35mm, 85mm, 400mm… toutes les focales sont utilisables. Gros boitier bien lourd avec cailloux coûteux ? Petit hybride polyvalent ? Simple compact et son Gorilla Pod ? C’est à vous de voir, aucune solution n’est ridicule. Ce n’est pas parce que beaucoup d’amateurs répètent que tel appareil fait des photos de meilleure qualité que c’est vrai. Beaucoup de ces « prophètes » sont largement moins expérimentés qu’ils ne le revendiquent. Plus vous évoluez dans la pratiques, plus vous tendrez à considérer le boitier et le matériel comme un simple outil à votre disposition, recentrant petit à petit votre pratique sur vous-même bien plus que sur les conditions matérielles. Inutile d’être trop gourmand, cernez simplement vos besoins !

 

Alors, en y réfléchissant bien, quel boitier avez-vous choisi ? Quels objectifs sont nécessaires ? Là encore mieux vaut éviter le superflu, il est trop fréquent de prendre cinq objectifs pour finalement n’en utiliser que deux. Ne pas oublier les cartes mémoires supplémentaires. Les batteries de rechange sont-elles bien chargées ? Les lampes torches aussi ? Le capteur et les objectifs sont-ils propres ? Ce type de nettoyage est à faire AVANT votre départ. Et oui, j’ai souligné un truc déjà en majuscule, c’est dire si c’est important. Il est si facile de partir en trek et revenir avec de magnifiques photos… pleines de tâches parce qu’à f/11 les poussières capteur ne vous pardonnent rien. C’est généralement rattrapable en post-traitement, bien que désagréable, mais si vous avez fait une vidéo ou un time-lapse ce sera très problématique. Enfin certains accessoires deviennent un vrai plus, pour ne pas dire un outil presque indispensable: trépied, télécommande, et pourquoi pas des filtres photos ? Polarisant, filtre « ND » gris neutre, voir des filtres dégradés, c’est encore une fois à vous de déterminer vos besoins au plus juste.

 

 

Énumérons les éléments clef ayant amené à cette photo facile mais calculée. Il s’agit du mont Rose (à gauche), 4634 mètres, 2ème sommet des Alpes après le Mont Blanc (Mont Rose, Mont Blanc… oui c’est original). A sa droite divers sommets autour de 4400 mètres, et plus bas un glacier. Pour la date, il fallait faire cette photo fin hiver pour l’enneigement. La météo était cruciale afin de conserver une visibilité maximum: le moindre nuage aurait pu gâcher ce lever de pleine lune. Par chance le lieu de prise de vue était accessible en train (de montagne, à crémaillère). J’ai pu calculer mon cadrage à l’avance grâce aux nombreuses photos de la zone. Bien entendu il m’a fallu attendre la pleine lune et trouver une date où elle serait juste au sommet du Mont Rose grâce à l’application TPE, à travers une recherche portant sur le cycle lunaire et les variations topographiques. Important : en hiver les journées sont courtes et la pleine lune se lève donc de nuit… ce qui n’est pas le cas en été ! Les autres paramètres « astronomiques » étaient obsolètes vu que presque tout est estompé par la forte lumière. Côté matériel, considérant la très bonne luminosité le capteur importait peu. En revanche j’ai dû choisir un objectif combinant un bon traitement des lentilles, un flare sympa, une bonne homogénéité et une focale grand-angle. Les chaufferettes à main m’ont permis de repousser un peu l’arrivée du givre sur l’optique (tandis que le boitier en était couvert), et d’améliorer mon propre confort… par -18°c.

 

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Tout peut facilement se piloter par smartphone ou tablette. Ici l’application qDslr pour du time-lapse sur monture équatoriale.

Parmi les petites bricoles toujours utiles citons aussi : couteau suisse, briquet, cordelette, pince à linge (je m’en sers souvent pour écarter des herbes devant mon UGA…), lampe frontale avec mode lumière rouge (si vous faites de la photo de nuit cela permet un éclairage discret qui ne perturbe pas trop votre accoutumance nocturne), lampe de secours à manivelle, boussole, mousqueton en alu… et si vous partez en voiture les chargeurs de batterie USB bon marché sont aussi un excellent investissement. Le smartphone est un très bon compagnon, d’une part parce qu’il permet de… téléphoner… mais aussi d’héberger les nombreuses applications utiles au photographe. Mais je suis bête, vous le saviez déjà puisque nous en avons parlé juste avant ! Tout de même, pensez à le charger complètement et prévoyez des recharges supplémentaires en cas de long séjour loin de la civilisation. Je répète peut-être des trucs naïfs et faciles, mais c’est typiquement avec ces trucs naïfs et faciles qu’on se retrouve planté un jour. Comme mon histoire des horaires de bus…

Petit bonus si vous faites de la photo de nuit et que la buée est un problème (altitude, nuits fraiches, automne, etc.) : les chaufferettes main/pied, et les chauffes biberons autonomes (souples à gel) émettent une chaleur continue suffisante pour épargner vos optiques de la buée quelque temps.

 

Bref, ça fait pas mal de choses à penser, pourquoi ne pas se faire une « check list » le temps que tout ceci devienne un automatisme ? Je peux dire que j’ai raté des sorties et des time-lapses entiers à cause de piles mal chargées ou de chaufferettes oubliées. J’en ai bavé à descendre des sommets sans lampe torche dans la neige (merci la lune), râlé parce que je n’avais pas assez de cartes mémoire, pesté contre les nombreux kilos inutiles transportés en montagne. Tous ces désagréments que chaque photographe de paysage a connus à sa manière nous font gagner en expérience. Ok j’admets aussi être parfois tête en l’air… mais autant que ces mésaventures servent d’avertissement à d’autres.

 

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Rien ne vaut un sac bien rangé !

Pour tout paysagiste qui se respecte, un bon sac est essentiel. Le sac c’est votre ami, votre bouée de sauvetage, le foyer de votre appareil photo, voire plus parfois. Et encore je ne m’attarde pas sur les photographes alpinistes. C’est un vrai investissement, il n’est pas rare de voir des photographes dépenser autant dans leur matériel de transport (sacs, protections…) que dans leur boitier ! Si pour de petites balades ou de simples road-trips un sac photo standard peut suffire, cela se complique pour les sorties plus aventureuses ou les longs séjours. Un très bon sac photo coûte cher, plus encore s’il est modulable, étanche, et toujours plus encore si on recherche un sac photo de rando permettant de transporter plusieurs boitiers, objectifs, trépied, plus du matériel de couchage, tente, habits, nourriture. Par ailleurs les « options » telles que les sangles supplémentaires, porte-trépied, housse anti-pluie, poche d’hydratation sont généralement très coûteuses. Rajoutez à cela que certains paysagistes aguerris n’hésitent pas à acquérir différents types de sacs pour différents types de sorties, voir des systèmes modulables aussi chers que complexes, vous pouvez vite atteindre le millier d’euros. Finalement le sac photo s’associe aux notions de confort et de protection. Si vous faites des sorties plus extrêmes vous pouvez même y ajouter la notion de survie. Cependant, d’autres préfèrent rester sur un sac de randonnée classique qu’ils adaptent eux même à leur matériel photo, cette solution étant moins coûteuse et peu contraignante tant que l’on part avec une quantité limitée de matériel. Comme toujours c’est à vous de choisir: je ne fais qu’énumérer des pistes, la solution idéale universelle n’existe pas encore. Ou alors quelqu’un a oublié de me prévenir.

 

 

6- Bien préparer… vos proches !

 

Si vous en êtes au point 6 vous êtes déjà fous aux yeux de vos amis, et passionnés aux yeux des autres photographes. Mine de rien ça aussi il va falloir le gérer. Voyez également de rassurer ceux qui pourraient s’inquiéter pour vous, ce n’est pas idiot, c’est surtout humain. Lorsque j’ai demandé à ma compagne de m’aider à trouver un titre pour une photo de nuit prise dans la neige en haut d’un cul-de-sac alpin, elle m’a répondu ironiquement « another night without my girlfriend because I’m a night photographer ». Le message est clair ! Une sortie photo est aussi l’occasion d’amener vos amis avec vous. Toutes vos sorties ne s’y prêteront pas, mais à moins d’être plutôt solitaire il est agréable de pouvoir partager certains moments. Vos proches auront aussi un regard différent sur ce que vous faites. Pour illustrer ceci, l’une de mes meilleures photos d’un road-trip hivernal en Écosse n’aurait pas été possible si j’avais été seul. Le nez collé dans ses cartes, sa préparation, ses idées de photo, on peut aussi passer à côté de belles choses et ce fut mon cas. Lorsque ma compagne m’a proposé de nous arrêter un moment et nous balader sur une plage de galets lambda, j’ai accepté de laisser la photo de côté pour passer un peu de temps avec elle. C’est tout juste si je prenais un boitier en sortant de la voiture. Et là je suis tombé sur cette scène :

 

Ben Nevis, la plus haute montagne d’Écosse perdue dans la brume. Une photo inattendue inspirée par ma compagne qui voulait simplement marcher un peu.

 

Une ambiance, une lumière, et cette montagne fantomatique à travers les nuages. Jamais je n’avais anticipé la scène ni même accordé le moindre intérêt à ce lieu ! Vos proches peuvent parfois vous aider… à vous laisser surprendre ! Pensez-y.

 


 

7- Les conclusions:

 

On se rend rapidement compte que faire une photo de paysage suppose bien plus que de cadrer un coucher de soleil et appuyer sur le déclencheur. Il va sans dire que la compréhension des différents facteurs géophysiques abordés plus haut revêt un intérêt certain. Mais surtout la préparation est essentielle, et la pratique implique un grand investissement personnel. Si vous avez compris tout cela, vous en savez déjà beaucoup. Je ne prétends pas non plus faire une liste complète, et bien évidemment tout peut varier selon vos projets et la personne que vous êtes. Prenez cet article avec recul. J’espère seulement avoir transmis une piste de réflexion pour vous préparer à faire de bonnes photos de paysages, et peut-être exploiter des outils ou des méthodes menant à de nouvelles pistes. Quoi qu’il en soit, restez à l’affût, les imprévus ont aussi de belles choses à raconter pour peu que vous restiez ouvert au monde qui vous entoure. Revisiter les lieux déjà parcourus à d’autres saisons s’avère parfois intéressant. Persévérez dans vos démarches, ne vous laissez pas accabler dans les périodes difficiles, remettez-vous de vos erreurs et sorties improductives, capitalisez sur vos réussites et vos échecs, et vos efforts seront forcément récompensés tôt ou tard. Faites ce que vous aimez, faites ce qui vous ressemble, et puisque vous êtes de grandes personnes la suite est entre vos mains !

 

Ces deux photos du Salar d’Uyuni en Bolivie sont relativement simples, sans difficulté technique, et nécessitent peu de préparation. En revanche, le désert inondé n’est observable qu’à certains moments précis de l’année. Pour un photographe, ce type de détail peut totalement conditionner la date ou la destination d’un voyage.

 

 

Pour aller plus loin:

 

Je ne connais pas ces personnes, je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit, mais je considère que ces articles sont un bon complément même lorsque nos points de vue diffèrent.

 

  • Un bon article très complet et synthétique d’Eric Heyman sur la photographie de paysage à découvrir ici.
  • Quelques éléments sur l’anticipation d’un point de vue matériel ou technique par www.naturephotographie.com et quelques beaux clichés.
  • On retrouve pas mal d’articles reprenant quelques banalités utiles du genre « il faut une bonne lumière », « connaitre son matériel est important » ou « pensez à votre composition » se copiant plus ou moins les uns les autres, certains allant même jusqu’à insinuer qu’il faudrait tout prendre à F/16. J’aurais pu vous épargner ce type d’article, mais je vous en mets quand même un pas trop mal: celui de Nikon Passion, malgré un point 9 assez peu démonstratif. Je n’ai absolument aucune idée de qui copie sur qui ou qui est le plus légitime, mais finalement on s’en fout !
  • Enfin si vous êtes en quête d’inspiration, je vous suggère le reportage de Mathieu Le Lay sur le photographe Alexandre Deschaume dont la bande-annonce est visible ici sur Vimeo, et le film complet téléchargeable ici (payant). N’hésitez pas également à visiter le site de Mathieu Le Lay.

 

 

Évaluation technique:

 

Les évaluateurs sont des photographes expérimentés ayant accepté de relire et critiquer l’article avant publication. Ils ont pu influencer ou corriger certains contenus. Parfois leurs remarques sont apportées sous forme d’encadrés.

 

 

Un grand merci à lui !

 

Photo d’illustration de l’article par Luca Zanon.

Remerciements à Myriam Hériter pour la relecture.

Sylvain Fillos
contact@yapasphotos.net

Paysages, voyages, reportage, rue.

1 Comment

  • Eric Heymans

    21.11.2016 at 05:51 Répondre

    Bonjour Sylvain,
    Votre approche me plaît beaucoup.
    Merci pour le lien vers mon site.
    Bonne continuation,
    Eric

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